Les événements récents qu'on nomme les révélations, ont remis au goût du jour la notion de lanceur d'alerte (whistleblower) qui, selon wikipedia, est une personne ayant pour but de signaler un danger ou un risque, en interpelant les pouvoirs en place et en suscitant la prise de conscience de ses contemporains.

Je souhaite ici établir un lien entre ces lanceurs d'alerte et le parrhêsiaste décrit par Michel Foucault, notamment dans ses cours au Collège de France, juste avant la fin de sa vie. J'ai assez peu vu ce lien être établi alors qu'il me semble tout à fait interessant. Pour Foucault, la parrhêsia consiste à "dire vrai", c'est-à-dire à énoncer une vérité, mais pas seulement.

Foucault distingue plusieurs types de discours.

  • Celui du rhêteur, qui exprime qui exprime une vérité qui n'est pas nécessairement son opinion. La rhétorique consiste à persuader l'autre du bien-fondé du propos, et on peut recourir pour cela au mensonge.
  • La parole prophétique qui consiste pour le prophète à jouer le rôle de médiation d'une parole d'un autre tout en affirmant que celle-ci est vraie.
  • Celui de la tekhnê, qui est celle du technicien, de l'enseignant qui divulgue un savoir qui est vrai et qu'on lui a transmis.
  • La parrhêsia est une parole claire, sans possibilité d'interprétation car elle est directe. Le parrhêsiaste énonce des vérités à ses interlocuteurs, vérités qui correspondent en tous points à ses opinions ; elles se confondent. Le jeu de la parrhêsia met en péril la vie du parrhêsiaste, elle nécessite le courage, ce qui n'est pas le cas du technicien.

Le parrhêsiaste bouscule l'ordre établit, l'ordre de la société. Il est alors vu comme celui causant le trouble, fragilisant la démocratie.

Les lanceurs d'alerte sont donc sujets à un dualisme. D'une part, ils sont garants d'une transparence, d'établir la vérité sur ce qu'il est amené à rencontrer comme le souligne Véronique Bonnet :

La question qui se pose est : « Peut-on pour autant renoncer à toute démarche de surveillance ? ». Parce que la démocratie doit pouvoir protéger elle-même des atteintes qui lui seraient faites. Et donc pouvoir avoir les moyens d'interroger le contexte sur ce qu'il en est.
Ici il s'agit d'interroger le seuil. C'est-à-dire le niveau de surveillance. Pourquoi, ici, une référence à Edward Snowden ? Parce que toute cette affaire se réfère à la notion de moyens disproportionnés. Qu'est-ce que qu'un moyen disproportionné ? S'il faut pouvoir avoir idée de ce que fait quiconque, où qu'il soit et à tout moment, la question est la suivante : « Est-ce que les lanceurs d'alerte, qui protègent la démocratie, peuvent éventuellement parler aux journalistes ? » La notion de lanceur d'alerte est une notion qui est investie d'une valeur démocratique très forte, puisque la notion de lanceur d'alerte définit la fonction de celui qui, se référant à une certaine tâche qu'on lui demande, doit pouvoir, dans le registre qui n'est pas celui de son travail immédiat alerter et faire part de contradictions.

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D'autre part, les lanceurs d'alerte sont des parrhêsiaste selon Foucault car ils prennent librement la parole pour délivrer une vérité, celle à laquelle il est confronté et au péril de sa vie, contre les dérives du pouvoir des "maitres".

Il serait intéressant de creuser d'avantage la perception du parrhêsiaste et de sa parole par la société ainsi que l'effet réelle de l'énonciation de la vérité.

Ressources :